« 5 octobre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 215-216], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5514, page consultée le 05 mai 2026.
5 octobre [1844], samedi matin, 11 h. ¼
Bonjour, mon Toto chéri, bonjour, mon cher amour adoré, bonjour, mon Toto. J’ai fait
ce que vous vouliez, je n’ai pas lu dans mon lit et j’ai lu ce matin la chronique, du moins ce qui m’intéresse. Quant à l’archéologie, je n’ai pas pu trouver ce que je cherchais. Je
verrai tantôt si je serai plus heureuse.
En attendant, mon cher petit homme, je
vous gribouille ce petit mot pour vous dire que vous êtes mon Toto bien aimé et bien
adoré. Jour Toto, jour mon cher petit o, comment que ça va ? C’est aujourd’hui que vous rentrez en possession de vos
goistapioux. Ce pauvre
[Carlinpsto ?]1 va se trouver plus sot et plus carlin que jamais. Pauvre homme, je le plains très
sincèrement et je me reproche comme toi de rire de ce malheureux monstre amoureux.
Je
ne veux plus en parler jamais en riant.
Tu dois remarquer, mon Toto, que depuis
que Claire est retournée à la pension, le
temps est devenu beau. C’est un effet de son guignon et du mien. Chaque fois que je
dois sortir, il pleut. Chaque fois que cette pauvre enfant est à la maison, il fait
un
temps de chien, ce qui prouve net comme domino qu’elle est
bien la fille de sa mère et que je vous adore.
Juliette
1 A élucider. Il s’agit peut-être d’un surnom qu’elle attribue à Charles Hugo.
« 5 octobre 1844 » [source : BnF, Mss, NAF 16356, f. 217-218], transcr. Caroline Lucas, rév. Florence Naugrette, in Juliette Drouet, Lettres à Victor Hugo, éd. dirigée par Florence Naugrette, [en ligne], https://juliettedrouet.univ-rouen.fr/lettres/jd.entry.5514, page consultée le 05 mai 2026.
5 octobre [1844], samedi soir, 8 h.
Malgré votre noble indignation tantôt, mon cher petit floueur, je persiste à croire que vous alliez diner en ville ce soir. Je
saurai cela quand je vous verrai car j’espère que vous n’êtes pas homme à me cacher
un
dîner accompli. En attendant, je regarde ma pendule et je
compte les minutes comme ceux de [Viez ?Fiez ?]. C’est une noble
occupation, je le sais, mais j’aimerais mieux autre chose.
Mme Luthereau
venait me dire que l’affaire de son fils allait se décider dans deux ou trois jours
et
que cela dépendait de M. Trébuchet. Elle
craint l’influence d’un M. de Rieux-Blanc1 qui est tout à fait contraire à la chose en
question. Elle venait te supplier de recommander de nouveau l’[illis.] de son fils à ton
cousin. Il s’agit pour lui, dit-elle, de gagner 80 mille
francs par an. Je lui ai promis de faire sa commission mais je crains vraiment
d’outrepassera toute
convenance et toute discrétion, sinonb pour toi, l’obligeance et le dévouement fait homme, au moins ceux de
ton cousin ! Du reste, elle n’a vu M. de
Férol qu’un moment avant son départ pour Liancourt. Il a paru ravi de ce
qu’on avait bien voulu agréer son cadeau. Il paraît, d’ailleurs, qu’il est le gendre
de l’auteur d’Agrippine2 donné à l’Odéon l’année passée. Voilà, mon Toto
chéri, ce qui, par parenthèse, m’estc
fichtrement égal. Ce qui ne me l’est pas c’est si vous ne m’aimez plus. Oh ! alors
prenez garde à vous car je vous tuerai pour de bon.
Juliette
1 À élucider.
2 L’auteur de cette tragédie créée le 1er juin 1842 à l’Odéon est le Marquis de la Rochefoucauld-Liancourt.
a « outre passer ».
b « si non ».
c « mais ».
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Juliette Drouet.
Les indiquent les repères chronologiques de la vie de Victor Hugo.
elle s’ennuie, et commence à se plaindre de voir Hugo moins souvent, sans savoir qu’il a entamé une liaison passionnée avec une autre femme.
- Début octobrePetit voyage avec Hugo.
